Le Loup, Retour naturel

De retour sur le sol français depuis 1992, « Canis Lupus » le Loup gris, est revenu naturellement par l’Italie, et a recolonisé progressivement le massif alpin français. Depuis quelques années, des individus progressent vers d’autres massifs : Vosges, Massif central, Pyrénées, et plus récemment, Jura.

L’espèce ayant disparu au cours des années 1930, le loup a été absent du territoire national pendant près de 60 ans. (Les derniers loups vivaient en Dordogne, en Charente, dans la Vienne et la Haute-Vienne). Cette longue période sans cohabitation est une des principales raisons de nos difficultés actuelles à accepter son retour.

Depuis le retour du loup, il a fallu attendre les programmes « Life Nature », de 1997 à 2003, pour que les premières mesures d’accompagnement soient mises en place par le gouvernement français. Ensuite, 4 Plans Nationaux d’Actions (PNA) se sont succédés depuis 2004, (le dernier courant entre 2024 et 2029), afin d’aider à concilier la protection et le suivi de cette espèce, avec l’activité d’élevage en France. C’est d’ailleurs le PNA qui prévois la mise en place des quotas annuels de tir de loup, ainsi que les modalités et conditions de prélèvement des individus.

Reconnaître le Loup gris adulte
> 60 à 70 cm au garrot, 110 à 150 cm de long
> Entre 18 et 40 kg
> Un pelage gris-beige, un masque labial clair, des oreilles et une queue courtes, des liserés noirs sur l’avant des pattes antérieures (sous-espèce italienne)
Plus de précisions ici

Attention à ne pas le confondre avec un chien
Différence chien/loup

Carte d'identité

Retour attesté du Loup gris en France (Mercantour)

Retour du loup dans les Vosges, identification post-mortem

Identification d’un loup à Hotonnes (01) par analyse génétique

Confirmation de la présence du loup dans le département du Jura par photographie

Printemps – Formation de la meute du Marchairuz (meute franco-suisse)

Décembre – Première donnée photographique d’un loup dans la Réserve naturelle

1ère reproduction officielle dans l’Ain, dans la Réserve naturelle (installation de la meute dite de la Haute Valserine)

2nde reproduction de la meute de la Haute Valserine (Réserve naturelle)

1992
1994
2003
2012
2019
2019
2023
2024

État de la population

Le territoire du loup s’étend sur de très vastes surfaces (de 150 à 300km2). Le suivi de la population en France a été mis en place dès 1992, date de la première détection de l’espèce sur le territoire (Mercantour). La population est estimée chaque année par l’Office Français de la Biodiversité qui applique un protocole rigoureux, en lien avec un important réseau multi partenarial.

Au sein de la Réserve naturelle, c’est en 2019 qu’a commencé un suivi plus poussé et spécifique de l’espèce.

L’estimation de la population nécessite un lien important avec les structures françaises et suisses suivant l’espèce sur le reste du massif jurassien.

France

1013 loups estimés au cours de l’hiver 2023-2024, avec 195 ZPP (Zone de Présence Permanente) en été 2023, dont 174 meutes

Massif jurassien (franco-suisse)

5 meutes connues, dont 3 transfrontalières et 2 suisses

Réserve naturelle

Début 2025, la meute dite de la Haute Valserine est constituée du couple reproducteur et de 4 subadultes

Suisse

Environ 325 loups détectés au cours de l’année 2024, pour 35 à 39 meutes identifiées en 2024

Statut de protection

Le Loup gris est une espèce protégée au niveau national et international :
> La Convention de Berne (relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe), citée à l’annexe II (espèces strictement protégées) – procédure actuellement en cours pour faire basculer l’espèce en annexe III *
> La Convention CITES (relative à la commercialisation des espèces faunes et flores menacées d’extinction), citée aux annexes A et B
> La Directive européenne 92/43/CEE (dite Directive Habitat-Faune-Flore) annexes II (protection de l’habitat) et IV (protection stricte de l’espèce sur le territoire européen)
> La liste des mammifères terrestres protégés sur l’ensemble du territoire français où le loup est cité dans l’article 2.

L’espèce est également classée « Vulnérable » par l’UICN sur la Liste Rouge des espèces menacées de France, et fait l’objet de Plans Nationaux d’Actions depuis 2004.

*Depuis 2024, a été voté un abaissement du niveau de protection de l’espèce par les états membre de la convention de Berne (texte entré en vigueur le 7 mars 2025).  Cela ne lui retire cependant pas son statut d’espèce protégée.

Le cadre actuel d’intervention sur la population de loup est précisé par l’arrêté du 21 février 2024 fixant les conditions et limites dans lesquelles des dérogations aux interdictions de destruction peuvent être accordées par les préfets concernant le loup (Canis lupus). Il définit les types de tirs autorisés pour la lutte contre la prédation touchant les troupeaux bénéficiant de mesures de protection, en privilégiant les tirs de défense. Il prévoit de fixer chaque année civile un seuil maximum de loups pouvant être détruits tout en garantissant le maintien de la population de l’espèce dans un état de conservation favorable. Dans la Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura les tirs létaux sont interdits, seul le tir d’effarouchement peut être autorisé par les instances de celle-ci.

Toute destruction illégale est passible de 36 mois d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende.

Suivis & Actions

Suite à son retour sur le territoire de la Réserve naturelle, le loup fait l’objet d’actions spécifiques dans le plan de gestion en vigueur (2020-2029). Il est intégré dans les réflexions et les études menées dans le cadre de l’observatoire « ongulés-habitats » mis en place par la Réserve naturelle.

La raison d’être de la Réserve naturelle et la présence de personnels techniques et scientifiques formés est une excellente opportunité pour suivre et mieux connaître le comportement de ce grand prédateur. De plus par la connaissance du territoire et de l’espèce, la Réserve naturelle joue un rôle d’accompagnement et de soutien auprès des acteurs locaux.

Le rôle de la Réserve naturelle vis à vis de cette espèce est avant tout de la protéger, de mieux comprendre son fonctionnement, en particulier son rôle écosystémique et de communiquer au mieux pour qu’une cohabitation existe.

Pour ce faire, la Réserve naturelle s’appuie sur des partenaires scientifiques (INRAe, Université de Rennes, OFB, Biophonia, RNF, Asters, Hépia (Ch), Kora (Ch), IPRA (Ch), membres du Conseil scientifique) et un réseau de bénévoles locaux et passionnés impliqués dans les suivis de celle-ci.

En savoir Plus

Piégeage photographique

Les pièges-photo sont un moyen efficace de suivre la faune sauvage en général, dont le loup, en limitant le dérangement. Grace au réseau de pièges-photo installés en Réserve naturelle, de manière aléatoire ou protocolé (comme au travers d’un suivi sur la population d’ongulé en partenariat avec nos collègues suisses de l’Hépia), il nous est permis de mieux comprendre le fonctionnement de l’espèce et certaines de ces habitudes.

Indices de présence

De façon protocolée ou aléatoire, des échantillons de fèces, de poils, d’urine, sont collectés et transmis à l’OFB pour l’identification des individus par analyses génétiques. En hiver, les relevés d’indices sont facilités par la présence de la neige. En effet, elle maximise les chances de trouver des fèces et des restes de proies, et permet de suivre plus facilement les axes de circulation des loups, grâce aux empreintes laissées au sol.

Par ailleurs, des suivis nocturnes réguliers durant l’été sont menés par l’équipe de la Réserve naturelle. Une surveillance est effectuée plus particulièrement sur les alpages afin d’observer les potentielles interactions loup-bétail.

Lien : Réseau Loup-Lynx

Autres suivis

D’autres projets spécifiques au loup sont en cours de réalisation comme un projet validé par le Conseil scientifique du PNA loup, qui vise à connaître, comprendre et anticiper les comportements de Canis lupus. L’ambition de la Réserve naturelle est d’équiper 4 loups de la meute de la Haute Valserine de colliers GPS afin de suivre leurs déplacements et de récolter un maximum d’indices permettant d’analyser leur régime alimentaire. L’objectif est de connaître le territoire occupé par la meute, évaluer les interactions avec les activités humaines, ainsi qu’avec les proies naturelles de l’espèce. Ce projet permettra aussi d’évaluer l’effet « cascade » que la présence du prédateur peut avoir sur la végétation forestière et les autres espèces de cet habitat.

Également, en 2024, des sondes acoustiques ont été installées en Réserve naturelle afin d’identifier les zones sensibles du territoire de la meute. En plus des analyses audios, une triangulation par le son a été réalisée pour essayer de découvrir la localisation du cœur de la meute.

Loup & Pastoralisme

52Unités pastorales au sein de la Réserve naturelle.
4000Bêtes environ mises à l'estive chaque année dans le Réserve naturelle. Il s'agit majoritairement de bovin, et seulement quelques troupeaux d'ovins.
1Attaque sur troupeau domestique (veau de 1 jour) sur le territoire de la Réserve naturelle, depuis 2019.

Le loup est une espèce opportuniste dans le choix de ses proies. Bien qu’il se nourrisse principalement d’ongulés sauvages, les attaques sur les troupeaux domestiques peuvent se produire. Le retour du Loup gris en France est à l’origine d’inquiétudes et de mécontentements, notamment au sein du milieu agricole. Dû à ce retour relativement récent de l’espèce, la cohabitation ainsi que l’adaptation des pratiques pastorales sont encore à renforcer.

En 2024, ce sont 57 constats de prédation dans le Jura et 20 dans l’Ain, tout type de cheptel confondu. N’échappant pas à la règle, les acteurs du massif jurassien doivent donc travailler sur la cohabitation entre les différentes activités économiques directement ou indirectement impactées (élevage, tourisme et chien de protection …) par le retour du loup. La connaissance et le suivi de l’espèce, et plus particulièrement des individus du secteur, apparaissent donc comme primordiaux.

La protection des troupeaux

En prévention des attaques sur les troupeaux domestiques, les protections reposent principalement sur l’installation de clôtures électriques, la présence de chiens de protection, la mise en place de parcs de regroupement et le gardiennage renforcé (berger).

Le chien de protection

Le chien de protection

Souvent appelés « Patou », il existe en France plusieurs races de chiens de protection : le Patou (ou Montagne des Pyrénées), le Berger des Abruzzes, ou encore le Kangal.

La présence de ces chiens se révèlent aujourd’hui être l’un des meilleurs moyens pour limiter les attaques. Sur la Haute Chaîne du Jura, deux alpages sont concernés par leur présence : l’alpage du Crozat, du côté du Col de la Faucille, en limite de la Réserve naturelle et l’alpage de Curson-Calame, situé lui en son cœur, du côté du Reculet et du Crêt de la Neige.

Sur ces deux secteurs, les sentiers de randonnée principaux ont fait l’objet de modifications de tracés pour une meilleure cohabitation entre l’activité touristique et agricole et plus de sérénité pour les bergers qui travaillent aux côtés des chiens et des troupeaux.

En ce sens, les usagers de la Réserve naturelle sont invités à respecter les propriétés ainsi que les activités d’autrui, et a adopter les bons comportements en cas de rencontre avec des chiens de protection.

Plus d’informations sur le pastoralisme et les chiens de protection sur la page de la DREAL AURA et celle de Pasto-Kesako.

En cas d'attaque sur troupeau

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L’Office Français de la Biodiversité (OFB),
averti par la DDT, reprendra contact avec
vous pour réaliser le constat de dommage.

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Du matériel de renforcement de protection
peut être rapidement mis à disposition des
exploitations touchées par la prédation :
> la DDT : 04 74 50 67 86 ou
ddt-saf-seaf@ain.gouv.fr
> la Réserve naturelle nationale de la Haute
Chaîne du Jura : 04 50 41 29 65 ou
contact@rnn-hautechainedujura.fr

Les « Cercles Loup »

Depuis 2020, des « cercles loups » ont été mis en place en France. Il s’agit de cercles théoriques de prédations qui définissent, par commune, les aides financières et matérielles apportées en cas d’attaques sur le territoire.

En cas de rencontre

En Europe, le loup n’est pas considéré comme une espèce ayant un comportement dangereux pour l’humain. Il aurait d’ailleurs tendance à l’éviter, comme le montre une étude1, basée sur des loups équipés de collier émetteur en Suède. En effet, le loup ne nous considère pas comme une proie et a plutôt tendance à s’éloigner lorsqu’il sent la présence d’une personne.

Depuis son retour en France dans les années 90, la population de loup n’a cessé d’augmenter et de s’étendre, comptabilisant à l’été 2023, 174 zones de présence permanente avec meute, et 21 zones de présence permanente sans meute. Les observations visuelles directes de loup par l’humain sont consignées par le Réseau Loup-Lynx depuis près de 30 ans. Au total, entre 1993 et 2020, 3280 observations ont été saisies et compilées dans une étude OFB2. Parmi toutes ces observations, seules 10 enregistrent un comportement agressif de la part du loup (poils hérissés, montre les dents, grogne, etc.), faisant suite à un comportement intrusif envers l’animal de la part de l’observateur, mais sans qu’aucune blessure ne soit à déclarer.

Outre cette étude menée par l’OFB, d’autres publications, comme celle de l’institut NINA en 20023, mettent en évidence des facteurs pouvant être considérés comme déclencheurs d’attaques de loups, tels que la rage (éradiquée en France depuis 2001), l’habituation à l’Homme, la provocation …